Patrimoine - Au commencement le camp de Septfonds - Acteurs Locaux 82


Patrimoine - Au commencement le camp de Septfonds - Acteurs Locaux 82

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Article N°29207

Patrimoine - Au commencement le camp de Septfonds - Acteurs Locaux 82

La visite proposée par La Mounière (nom de l'espace des mémoires) conduite par l'excelente guide Carole, concernait la construction du camp de Septfonds, aussi appelé camp de Judes, ouvert en février 1939 pour accueillir principalement des réfugiés républicains espagnols fuyant la guerre civile et le franquisme (la Retirada). La décision officielle a été prise le 26 février 1939 par le général Ménard, et les premiers internés sont arrivés le 5 mars 1939.

Il est à noter que si l'objet de la visite du jour était "au commencement le camp de Septfonds", le Mémorial du camp de Judes, inauguré en 1996 et actualisé en janvier 2026, met également en lumière la spécificité du sort des Juifs internés et déportés depuis ce camp. Ce projet a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, ce qui souligne son inscription officielle dans la mémoire nationale de la Shoah. Shoahfondationshoah.org.

Il est essentiel de souligner que La Mounière, espace dédié aux mémoires à Septfonds (Tarn-et-Garonne), propose chaque mois une information historique sur l’une de ses trois thématiques mémorielles :

- Le Camp de Judes
- L'aviateur Dieudonné Costes
- L'industrie de la Paille

Il est essentiel de replacer dans son contexte l’arrivée de ces 2 500 premiers immigrés espagnols, tous des hommes, dans le village de Septfonds, qui comptait alors seulement 1 600 habitants. Aucune préparation n’avait été faite pour les accueillir. La décision d’installer ces personnes, afin de désengorger les camps situés à la frontière espagnole, avait été imposée aux préfets des différents départements. Ces derniers, dans l’urgence, durent trouver des lieux d’hébergement. Par ailleurs, l’industrie locale de la paille, en quête de main-d’œuvre, a pu compter sur ces nouveaux arrivants pour soutenir son développement dans cette partie du département.

Le camp, initialement installé sur un pré à proximité de l’église de Lalande, a rapidement été déplacé à quelques centaines de mètres de là. Conçu pour accueillir 2 500 hommes, il s’est rapidement agrandi pour en contenir jusqu’à 16 000, logés à même le sol dans des baraques en bois. Construites par les Espagnols eux-mêmes, ces baraques mesuraient 45 mètres de long sur 7 mètres de large et abritaient chacune plus de 350 personnes. La promiscuité y était insupportable. Le seul point d’eau disponible était un ruisseau à proximité, tandis que les latrines en bois, surélevées, permettaient une gestion sommaire des déjections. Les cuisines, installées tardivement, laissaient la préparation des repas quotidiens à la charge des internés. Privés de liberté et surveillés par une brigade de 1 000 soldats, les Espagnols subissaient l’ennui du camp, où chaque sortie représentait une échappatoire bienvenue.

Des artistes espagnols, internés à Septfonds, ont laissé des traces durables de leur passage, notamment à travers des peintures toujours visibles dans les bâtiments publics de la commune. Leurs œuvres témoignent de la richesse culturelle et artistique présente malgré les conditions difficiles du camp. Parmi les peintres ayant séjourné au camp de Septfonds, on retrouve notamment :
  • Josep Ponti Musté et Salvador Soria Zapater, qui ont réalisé des Å“uvres pour la mairie de Septfondsbooks.
  • Bonaventura Trepat et Josep Marti (peintre et doreur), qui ont travaillé dans l’église du village, notamment sur le chemin de croix toujours visible dans la nef.
  • Luis García Gallo (dessinateur) et Mariano Marcos (architecte), qui ont également marqué la vie artistique de cette période.
Le camp a fonctionné jusqu'en 1946 comme un centre d’hébergement pour étrangers considérés comme « indésirables » par le gouvernement français. Les conditions de vie y étaient très précaires. Au fil du temps, le camp a accueilli des officiers polonais, des communistes arrêtés en 1941, puis des Juifs, notamment dans le cadre du 302e Groupe de travailleurs étrangers « palestinien ».

L’association « Amicale du camp de concentration de Septfonds et autres sites de la mémoire de l’Espagne républicaine » œuvre pour conserver et transmettre la mémoire de la Retirada et des camps, notamment à travers des plaques, stèles et panneaux. Pour approfondir, vous pouvez visiter le Mémorial ou consulter des ouvrages comme « Septfonds, 1939-1944. Dans l’archipel des camps français » de Geneviève Dreyfus-Armand

Pour perpétuer le devoir de mémoire, La Mounière invite les enfants, petits-enfants ou toute personne disposant d’informations, de croquis, d’écrits, de témoignages, de lettres, d’œuvres ou d’autres documents relatifs à cette période à les contacter afin de contribuer à préserver et à transmettre cette mémoire collective.

Cette visite passionnante de deux heures, fut un moment précieux de transmission historique. Il est renouvelé chaque mois avec des thèmes variés. Si l’histoire locale vous passionne ou si vous passez par notre Quercy, il est essentiel de s’imprégner et de s’informer pour saisir ce que les hommes peuvent accomplir de plus beau comme de plus terrible sur un même territoire.

La peinture présentée, peinte par Conti, idéalise et illustre l'arrivée au camp des hommes. On voit des soldats riants, des Espagnols de toutes conditions, une grand-mère nourricière, une femme exultante, une famille spectatrice et une femme se cachant derrière un arbre, a-t-elle peur ou honte ? Cette toile est le reflet de l’expérience vécue : chaque habitant avait désormais à cohabiter avec ce camp et partager cet espace, quelles que soient ses idées, sa classe sociale ou ses convictions politiques.

Merci Carole.


 

Nadine DAUGE - Acteurs Locaux 82

Lien :https://septfonds-la-mouniere.com/

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